Vesper Chronicles

Certains films vous happent dès les premiers instants. Lugubre, l’ouverture de Vesper Chronicles nous met immédiatement face à la rudesse de son décor : un corps à demi enterré à l’avant-plan, derrière lequel s’étend un horizon de boue et d’eaux saumâtres d’où émergent d’étranges ruines.

Tout Vesper Chronicles est à l’image de cette composition initiale : le projet vibre d’une passion palpable, arrimé à des décors naturels dont la mise en scène embrasse la beauté sépulcrale. Il suffit d’une forêt silencieuse, d’un horizon sans relief, voire encore de CGI rares mais sublimes – jamais depuis Avatar avait-on vu un lyrisme bucolique aussi assumé – pour que germe dans l’esprit du public le sentiment rare, et précieux, d’être en terrain inconnu.

Relativement lent, ouvertement cru et organique dans sa direction artistique – les arbres n’auraient pas dépareillé chez David Cronenberg -, Vesper Chronicles fait honneur au cinéma post-apocalyptique, porté par l’interprétation puissante de Raffiela Champman. Idée géniale, également, que d’avoir casté la comédienne et mannequin Mélanie Gyados. Atteinte de dysplasie ectodermique, elle prête son physique atypique à une scène traumatisante qui donne le La du récit.

Réalisatrice du très beau Vanishing Waves en 2012, Kristina Buozyte confirme ainsi tous les espoirs placés en elle et filme avec une force inouïe les paysages de sa Lituanie natale, ici épaulée à la réalisation par Bruno Semper. « En tant que film indépendant, nous avions une liberté totale et nous pouvions développer cette esthétique et cet univers sans restrictions », explique le coréalisateur. Dont acte.

Melanie Gaydos photographiée par Victoria Zeoli.

La seule restriction de Vesper Chronicles est d’ordre budgétaire. Intelligence de production oblige, les cinéastes ont fait le choix d’une SF intimiste, mais aux effets visuels parfaits, y compris lors des passages de grande ampleur. En conséquence, il suffit d’une poignée de mouvements de caméra, voire d’une idée subliminale – le look des pèlerins – pour nous faire croire, et ce sans réserves, que cet univers s’étend au-delà du cadre.

Envoûtant, cruel, fruit d’influences parfaitement digérées – en tête, Nausicaä et L’enfance d’Ivan-, Vesper Chronicles est le Requiem pour un massacre du film pour enfants, aussi contradictoire que cela paraisse. Côté défauts, le long-métrage ne pâtit que de quelques longueurs franchement pardonnables vu la force de ses partis-pris. Comme tout grand film d’exposition qui se respecte, Vesper Chronicles est avant tout une promesse. Elle est si belle qu’on souhaite à ce projet atypique un succès à la mesure de ses audaces, afin que ses réalisateurs puissent la tenir.

Car ce genre de petit miracle, où imaginaire fertile et film d’auteur radical fusionnent sur les plus grandes salles du pays, ça a de quoi vous décrasser l’âme pour les années à venir.

Guillaume Banniard

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