Buffy contre les vampires

Cette série, je n’ai jamais pu la visionner comme il se doit à l’époque de sa diffusion sur M6, par manque de temps. Trop d’obligations, trop de travail. Aujourd’hui, bien que je sois d’un âge avancé (en tous cas vis-à-vis des personnages centraux !), cette série destinée à un public adolescent m’a impressionnée et beaucoup touchée. Je gardais un vague souvenir d’épisodes vus à la télévision, dans le désordre, à la fin des années 1990. Ce n’est qu’en 2017 que l’ai enfin regardée, en compagnie de mon fils qui la découvrait aussi.

Et quelle révélation ! En surface, se replonger dans ses années lycée et fac fut très émouvant. Toute la force de Buffy, dès le départ, est de situer l’action à Sunnydale, au-dessus de cette fameuse Bouche de l’enfer – avec force monstres, vampires, sorcellerie et tout ce qui s’ensuit. Sa subtilité est aussi d’utiliser le fantastique comme une série de métaphores sur ce qui tourne autour de l’adolescence, sur le passage (souvent complexe) vers l’âge adulte et la difficulté soudaine d’être confronté aux réalités de l’existence. Une évidence, certes, mais une évidence invisible pour qui ne prend pas le temps de regarder la série dans son entier.

Au fil des saisons, Buffy aborde des thèmes puissants, mais souvent entremêlés de légèreté et de situations comiques. Joss Whedon et son équipe l’ont bien compris, chacun de nous a tous une part plus sombre enfouie au fond de son âme, ainsi beaucoup de ses personnages oscillent constamment entre le Bien et le Mal. La relation de Buffy avec Angel est à ce titre (volontairement) contradictoire puisqu’on ne pouvait, au départ, imaginer une love story entre une tueuse de vampires et un suceur de sang. Ce romantisme irrigue la plupart des saisons malgré l’interprétation quelque peu fade de David Boreanaz. Ainsi, leur idylle est bien moins accrocheuse que l’histoire entre Buffy et Spike, dans son évolution comme dans son écriture. Autre comparaison défavorable, James Marsters est impressionnant de vérité et de charisme dans son rôle, loin devant la retenue de Boreanaz. Question de talent ou de direction d’acteurs, reste que David est bien plus convaincant en solo, dans le sous-estimé spin-off Angel.

Dire qu’il y a des épisodes plus marquants que d’autres, c’est enfoncer une porte ouverte, mais il est difficile de choisir ses favoris tant les épisodes forts sont nombreux. Citons au moins citer le fameux Hush où les personnages sont privés de leurs voix, traqués par des créatures elles-mêmes silencieuses. Quarante minutes glaçantes, effroyablement bien pensées, tout comme l’épisode en forme de comédie musicale est remarquable d’audace. Avec ses ruptures de ton, Buffy nous donne ainsi des leçons de courage pour avancer, nous apprenant du même coup à nous construire positivement, à nous remettre en question.

Joss Whedon garde ce cap y compris en dehors du thème éternel du Bien et du Mal, chose logique tant on navigue toute notre vie entre ces deux pôles. Et cette toute jeune femme, sur laquelle pèse une charge immense, montre ce dont les femmes sont réellement capables lorsqu’on leur donne les coudées franches. Les personnes qui accompagnent et entourent l’héroïne jusqu’au bout montrent bien la force et la solidité d’une amitié sincère, fil conducteur essentiel qui trouve un bel écho dans le thème de la manipulation mentale – voir la chanson à l’origine des pulsions tueuses de Spike, créature que l’on canalise avec une puce implantée dans son cerveau.

Le comédien incarne à merveille cette créature des ténèbres assoiffée de sang, certes pleine d’ironie, mais que son amour pour Buffy va transformer peu à peu même si, en retrouvant son âme, il va finir par être séparée d’elle définitivement. La saison 7 est fournie en scènes fortes quant à leur relation : lorsqu’ils se disent communément qu’ils n’ont jamais été si proches l’un de l’autre, lorsque Buffy demande à Spike de la prendre dans ses bras et qu’il s’exécute, ou encore le passage où il l’enlace avec tendresse, le temps d’un magnifique tableau intimiste.

Grace au sens dramaturgique de Whedon, on croit Spike quand ce dernier dit que ce moment-là est le plus beau de sa vie. Il faut également mentionner les scènes d’amour entre Buffy et Spike, passages où s’entremêlent passion dévorante et une violence parfois rude. Profondément attachée à Spike, la tueuse le rejette mais apprécie dans le même temps cette complicité, chose que soulignent plusieurs passages pleins de dérision – cf. la maison qui s’écroule autour d’eux pendant leurs ébats, ou encore l’invisibilité provisoire de l’héroïne.

Leurs regards respectifs dégagent une force qui crédibilise cette communion entre deux êtres, force que l’on retrouve également entre Willow et Tara de façon paroxystique lorsque la mort de Tara déclenche chez Willow une fureur extrême, dont la puissance égale l’affection qu’elle portait à sa bien aimée. Joss Whedon oblige, le drame s’accommode heureusement d’humour et de légèreté – voir le spécial Halloween, où chacun devient littéralement le personnage dont il a choisi d’endosser le déguisement. Cette écriture permet à Buffy d’aborder toutes les facette de la vie, entre phases douloureuses, cruelles, et situations plus chaleureuses.

Durant toute notre existence, nous sommes amenés à affronter nos démons et, si l’on souhaite les surmonter, à évoluer, à nous améliorer par la confiance que l’on a en soi et envers les autres. D’où l’intérêt de mettre les personnages face à une menace d’apocalypse, tant l’enjeu permet d’explorer leurs relations. S’il faut rendre hommage aux comédiens, je souhaite donc aussi saluer le travail de Joss Whedon, tant il a su tirer le meilleur de son équipe – de la candeur touchante d’Alyson Hannigan au charisme tranquille de Anthony Stewart Head en passant, une fois encore, par James Marsters, dont le passif d’acteur shakespearien a été mis à contribution.

Cet équilibre entre émotion et humour permet aux ses scénaristes d’enchaîner les moments forts d’une saison à l’autre : voir le sacrifice éprouvant de l’héroïne pour sauver sa petite sœur Dawn face à un groupe impuissant, sans parler du moment où elle revient d’entre les morts et perd pied, après une si terrible expérience… Une réponse formidable à une autre mort douloureuse, celle de Joyce, événement auquel ni magie ni surnaturel ne peuvent rien changer. Preuve que Whedon a bien compris l’importance des relations impossibles qui parcourent toute la série, il clôt l’aventure sur un ultime sacrifice et une réplique pleine de sens : « Je sais que tu ne m’aimes pas vraiment, mais je te remercie de me l’avoir dit ».

Les 25 et 26 mars 2017 avait lieu le Paris Manga & Sci-Fi Show, où l’on célébrait les 20 ans de la série. Un grand moment d’émotion et une grande joie, James Marsters ayant d’ailleurs fait profiter le public de ses talents de musicien. L’occasion, aussi d’échanger quelques mots avec une personne très agréable, chaleureuse et qui, à l’image des autres comédiens présents, prend de l’âge sans perdre sa prestance.

Découvrir Buffy tardivement permet de mesurer ses qualités précieuses, la série se révélant très profonde derrière ses touches d’humour, esprit prolongé dans le comics qui ont fait suite à la dernière saison. Si le reboot annoncé devait effectivement prendre corps, bien des scénarios sont possibles afin de revisiter les personnage et l’ensemble de cet univers sous un angle neuf, quitte à découvrir, à l’écran et non plus en BD, ce que sont devenus Buffy et ses complices après avoir taillé la route loin d’une ville désormais disparue.

Dominique Mayfair

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