Bullet Train

Réunir des assassins hauts en couleurs dans un lieu clos, voilà un concept réjouissant s’il tombe entre de bonnes mains.

Durant l’été 2007, Joe Carnahan en tirait le génial Mi$e à prix, où des tueurs à gages rivaux prennent d’assaut un hôtel de Vegas pour y éliminer un témoin gênant. Ce petit chef-d’oeuvre parvenait même à émouvoir en de rares instants, pour peu qu’on se prenne au jeu de sa narration à tiroirs. On y croisait d’ailleurs Ryan Reynolds, future star de Deadpool, dans un de ses meilleurs rôles.

Dix-sept ans plus tard, le monde va sans doute trop vite pour se souvenir d’un blockbuster atypique bazardé pendant l’été, mais la comparaison mérite d’être établie tant Bullet Train se pose comme antithèse du film de Carnahan. En bon élève de l’écurie Deadpool, Bullet Train fuit comme la peste toute implication émotionnelle et donc tout suspense, ne misant que sur le troisième degré.

Malade de son époque, Bullet Train semble branché sur un générateur de répliques aléatoire, plus soucieux de générer des gifs que de caractériser ses personnages. Un serpent venimeux est certes lâché dans les wagons par mégarde, mais l’animal est à l’image du projet : il serpente pépère sans mordre personne et, quand il passe à l’attaque, le script anéantit toute conséquence.

Avec son rythme en dents de scie et son cynisme paresseux, Bullet Train gâche son propre potentiel avec un zèle consommé. Long et répétitif, ce blockbuster estival certain d’aligner les bons mots ne cesse de brasser du vent. Dommage pour le boulot des cascadeurs et chorégraphes, contenu dans de très brefs passages d’affrontements où l’on sent le savoir-faire des techniciens de la saga John Wick, sans y prendre plaisir pour autant.

Le plus triste dans l’affaire demeure le décor lui-même. David Leitch, à deux mauvais gags près, ne joue pas avec les passagers ni le personnel, laissant ses personnages déblatérer leurs inepties d’un siège à l’autre en attendant la prochaine station. On nous apprend en dernière bobine que le train a été vidé pour une raison précise, mais la justification ne vaut que pour la fin du voyage. Entre-temps, Bullet Train a déjà dévoilé son inconsistance, nous laissant songer tout du long qu’on tient le plus beau gâchis de l’été.

Guillaume Banniard

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