Le Dernier train du Katanga

Plaît-il ? Un film d’action ferroviaire réalisé par le chef op’ de plusieurs Michael Powell, dont Le Narcisse Noir et Les Chaussons rouges ? Nous spectateurs, on catégorise vite, c’est humain. Quand on sait qui est George Miller, à moins de s’approcher du panneau publicitaire, on imagine pas deux secondes voir son nom sur l’affiche des Happy Feet. Alors un patronyme aussi prestigieux que Cardiff, qui a également bossé pour Alfred Hitchcock et King Vidor, lâché dans le Congo belge pour un film de mercenaires viril, on a du mal à le visualiser. Mais lui, en revanche, il visualise tout.

Le gouvernement en place charge une poignée de mercenaires d’aller secourir des civils. Et, au passage, de ramener un stock de diamants destiné au trafic d’armes. Le temps d’arriver, Jack Cardiff nous laisse l’intro pour respirer. On aimerait bien mettre sur pause pour admirer l’objet, la précision de la lumière, l’osmose de ses couleurs. Mais ce serait gâcher un montage au cordeau. L’écrin est magnifique mais ne freine pas la narration : la beauté selon Cardiff plane sur toute l’aventure. A nous de la contempler car le film n’est pas poseur, il sent la sueur et soulève la poussière. Et il sonne vrai, le salopard.

Car nous sommes en 1968. A cette époque, même Godard est ok pour boycotter Cannes afin de se préoccuper de la rue. Cardiff, lui, est dans la jungle, à faire autant de cinéma qu’il le peut. Et comme tout est vrai, des décors aux cascades, on sent le poids des choses, leur impact. A l’ancienne mais toujours robuste. Un morceau de cinoche si tendu qu’il en est jubilatoire. L’affiche ne ment pas, deux types y règlent un différend à coups de poing et de tronçonneuse. Pourtant, on ne tape jamais dans le bis. Le Dernier train du Katanga, c’est la crème du savoir-faire hollywoodien qui s’encanaille avec la série B.

Ecrasant son chemin de fer par un soleil de plomb, Jack Cardiff plonge sans réserves dans son panier de crabes. Mais il faut aller au bout de la mission. Du divertissement sanguin et carré comme on en rêve la nuit, ce Dernier train…, avec des gueules, du mouvement, de la tension. Et cette lumière, bon sang. Quand on y penses, pas étonnant que lui et Micahel Powell aient collaboré avec passion. Mais ici, Cardiff a bien fait de se lâcher : planqué derrière la stature établie des Chaussons rouges, il aura réalisé un modèle méconnu de l’action pré-70’s, virtuose et impitoyable.

Guillaume Banniard

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