Cabeza de Vaca

Début du XVIème siècle. Trésorier de Charles V d’Espagne, l’explorateur Álvar Núñez Cabeza de Vaca fait naufrage autour de la Floride, et dérive jusqu’à ses côtes avec une partie de l’équipage où ils sont accueillis par une nuée de flèches. Cabeza de Vaca, seul survivant, est réduit en esclavage par un shaman et un nain sans bras. Le début d’une errance de huit ans jusqu’en terre mexicaine, au cours desquels il rencontrera et côtoiera d’autres tribus indiennes…

Il faut chercher du côté de Aguirre : la colère de Dieu si l’on veut trouver un équivalent à Cabeza de Vaca. Pour sa confection difficile, mais surtout pour le sentiment de réel qui s’en dégage. Réalisateur issu du documentaire, Nicolás Echevarría imprègne à ses deux heures de pellicule un rythme incertain, erratique et nécessaire au parcours mystique de son personnage. Dès la scène du naufrage, bijou d’ambiance nocturne où la mort attend de frapper les derniers survivants, Cabeza de Vaca met sur la table un budget impressionnant à l’échelle du cinéma mexicain des années 1990 (un million de dollars), tout entier au service de ses décors et comédiens.

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Récit d’aventures mystique où un prétendu explorateur redécouvre le sens véritable de ce terme, le long-métrage s’appuie sur tout ce que le sentiment d’inquiétude peut procurer de beau une fois sur un écran de cinéma. Entre décors déserts, détresse physique, cérémonies obscures et fuite éperdue, Cabeza de Vaca est imprévisible, exigeant et sauvage. Volontairement lent, aussi, car filmé à même la peau, la terre, et la roche qui nourrissent ses cadres. Transformation physique où le choc des cultures ne fait la morale à personne, cette histoire-là demande d’ouvrir les yeux et les oreilles mais de rester silencieux, d’observer et de comprendre ce qui s’y déroule.

Bref, d’adopter un regard d’anthropologue, alors que la mise en scène invite à un voyage quasi sensoriel où l’on peine à poser un repère tangible, rassurant. Et alors qu’on voudrait guetter un début de réponse, même irrationnelle, Nicolás Echevarría nous ramène à hauteur d’homme, scrute les regards comme les éléments matériels, les prétendus miracles comme les échanges mutiques. Fruit d’un tournage éreintant où se croisent crocodiles, mouches des sables et scorpions, Cabeza de Vaca prend bien vite des allures de conte réaliste, définition d’autant plus instable que son réalisateur, visiblement fasciné par cette histoire vraie, évite d’en expliquer tous les mystères.

Guillaume Banniard

 

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