La jeune fille à l’écho

Portrait de l’enfance à hauteur de fillette, La jeune fille à l’écho est d’abord la peinture et d’une solitude dont la jeune héroïne, Vika, dit au revoir à son grand-père parti en mer avant de s’occuper jusqu’à son retour. Dessinant à même le sable un bus et l’horaire qui lui est associé, promesse de l’arrivée d’un père dont on sait peu de choses, la jeune fille (prodigieuse Lina Braknyté) va de baignade en balade au creux des roches, s’attarde sur un dauphin à l’horizon, observe un groupe de jeunes garçons élire le nouveau chef de bande et, finalement, se lie avec un d’entre eux. Le plus timide. Complicité immédiate, scellée par une nouvelle baignade où Vika défie son compagnon en apnée, puis lui témoigne une confiance réciproque dans ce décor coupé du monde, seulement relié à la civilisation par une route peu fréquentée.

Revers de la médaille, leur relation est parasitée par l’éternel besoin de se construire vis-à-vis du groupe, aussi désoire soit-il quand on est si peu à cohabiter. Au moment de venir en aide à Vika, son nouvel ami hésite entre faire face au petit gang où se rallier à leur supériotité. L’occasion pour le réalisateur Arūnas Žebriūnas de filmer la honte de son héroïne face au groupe avec la délicatesse de Lucile Hadzihalilovic dans Innocence, alternant sa nudité avec une succession de gros plans sur le visage de la comédienne, décuplant l’impact émotionnel de sa posture et renvoyant à son vécu quiconque ayant subi, dans ses premières années, cette situation courante de crainte terrible du regard de l’autre.

Une parenthèse douloureuse dans un film par ailleurs ravissant, brumeux et discrètement poétique à ses heures, dont on se gardera de révéler la raison du titre français – le titre original, Le Dernier jour de vacances, est autrement moins évocateur. Il faut assister à la longue séquence de la cabine téléphonique, où Vika recouvre progressivement un sourire radieux, afin de saisir l’absolue tendresse qui habite encore La jeune fille à l’écho près de soixante ans après sa création – au point de former un complément idéal à La Belle, autre protrait de l’enfance venu de Lituanie, versant urbain.

Guillaume Banniard

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