70ème Festival de Cannes – Chronique et retours / partie 2

Deuxième partie de notre retour sur le 70ème Festival de Cannes, écrit à deux mains et présentant, tour à tour, des films qui ont suscitées réflexions, critiques ou engouement.

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POUR LE RECONFORT de Vincent Macaigne (ACID)

Insolent, bavard, répétitif et défaillant, Pour le réconfort porte toutes ses présumés faiblesses à-bras-le-corps comme les marques d’une réelle volonté, à contre-courant de certaines pratiques de la fiction, revendiquées sans honte et à visage découvert. Si le film peut se vivre comme malade, plein de trous et d’inquiétudes – faux-raccords, reprise de scènes, tournoiement dans le rythme, narration à double-vitesse – c’est cette folie à l’oeuvre qui touche et qui déploie tous les problèmes des personnages, fonde le potentiel et la nécessité du film. Pour le réconfort n’est pas confortable, c’est un film de recherche, conscient de ses questions, fiers de n’en avoir pas toujours les réponses, parfois narcissique mais sinon honnête et décomplexé.

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LES PROIES de Sofia Coppola (Compétition officielle)

Si l’enthousiasme suscité par les formes courtes de la Semaine de la Critique et les audaces de la Quinzaine des réalisateurs a pu effacer de longues heures d’ennui, il n’en demeure pas moins un constat irrévocable et amer : la compétition officielle était, cette année, la moins excitante, la plus endormie et formelle des programmations. Sagement installée dans un ensemble de sons, images, couleurs déjà visitées cent fois, dans des codes de la fiction connus et prévisibles, dans des personnages à peine incarnés en forme d’archétypes à peine digestes, la plupart des films prétendants à la Palme d’Or ne bougeait aucun curseur, n’animait aucun désir et laissait s’effacer leurs saveurs, très peu mémorables, à peine la projection passée. S’il y a des exceptions – Good Time, des frères Safdie, Le jour d’après d’Hong Sang-Soo ou 120 battements par minutes de Robin Campillo – elles sont rares, trop rares pour convaincre. Les Proies, de Sofia Coppola, est le symptôme le plus probant de cet endormissement général. En prenant pour trame de fond le désir féminin dans un huis-clos paradisiaque mais asphyxiant – paysages diaphanes, robes luxueuses et visages poupins -, le film laissait miroiter une forme de folie contenue, un bouillonnement éclatant ça et là de manière délicate, comme Virgin Suicides nous y avait jadis habitué. Pourtant, rien ne décolle, tout s’enlise : les visages expriment à peine cette langueur, et il est déjà trop tard lorsque commence à poindre un semblant de fureur et d’audace. Le classicisme de la mise en scène et la fébrilité du jeu comme des enjeux – trop évidemment dispersés – laissent un sentiment de fadeur qui ne passe pas et qui, très vite, devient inévitable. D’une incarnation manquée à une résolution trop évidente, Les Proies se déroule sans heurt, comme un coup de vent pas assez violent pour ébranler et pas assez doux pour caresser véritablement.

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JEANNETTE, L’ENFANCE DE JEANNE D’ARC de Bruno Dumont (Quinzaine des Réalisateurs)

Devant Jeannette comme face à un manifeste punk, le charme opère par la dérision : si l’ensemble du Festival de Cannes peut parfois prendre des airs consensuels, il reste encore des airs rebelles pour troubler l’ensemble, se moquer de la raison logique et débiner, de bout en bout, les attentes trop balisées qui pèsent sur le cinéma en France. De tics de scénario en champ-contre champ bien pensés, il est parfois difficile de penser autrement, d’envisager un film ailleurs que dans ce prisme autoritaire et puissant qui promet le sésame du financement. Dans Jeannette, tout s’expulse par le chant et l’amour sulfureux qui traverse le film, un amour sans destination, sans direction : avec un grand « a », comme cette quête absolue que poursuit le personnage, ignorant la moindre des oppositions par la seule conviction. C’est ça, qu’on voudrait voir s’agiter partout dans les salles du festival ; un esprit libre, conduit par la passion, prêt à se battre pour ce qu’il estime être vrai, assez puissant pour s’exprimer, assez nécessaire pour devoir exister. C’est peut-être dans ce film qu’est contenu toute l’ironie du cinéma, toute notre volonté de lui faire une case qu’il dépasse inévitablement à chaque tentative. Tassés dans un coin et difficilement épanoui ou débordants partout et faisant office de contre-exemple rebelle,  les films peinent à être pleinement assumés comme finalités artistiques, comme altérités cinématographiques pouvant échapper à la moindre définition. Jeannette laisse sans voix, et c’est ce silence qui dit mieux, peut-être, que toutes les autres envolées, la force du cinéma. Une force en forme humaine, qui ne trouve nulle part sa vérité mais fait semblant de la chercher, essaye, et par ces gestes, dit toute sa superbe.

Pauline Quinonero et Déborah Biton

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