The Handmaid’s Tale, saison 4

La série inspirée par le roman de Margaret Atwood -intégralement adapté dans l’excellente première saison- bat de l’aile depuis pas mal de temps déjà, malgré la présence en coulisses de la romancière. Palpitante, la saison 2 avait pour elle de donner corps aux Colonies, zone expiatoire et radioactive où sont envoyées les récalcitrantes. Un choc visuel qui étendait brillamment l’univers de La Servante écarlate, sans perdre de vue l’échelle intime du récit.

La saison 3 montrait déjà de sérieux signes de faiblesses. Peu importe que June passe une grande partie de la saison à genoux dans une chambre d’hôpital et que le récit fasse, littéralement, du sur-place. Mais à force de montrer l’héroïne en danger, prise en flagrant délit de rébellion ou, pire, en train de gifler Fred Waterford lui-même sans qu’elle ne finisse pendue au Mur, la survie de June dans les griffes de cette dystopie sent le forçage, au point de détruire la suspension d’incrédulité du public.

La saison 4 confirme malheureusement que la série prend l’eau. Déjà fatigué par un système narratif lénifiant (combien de fois, au juste, peut-on être capturé puis s’évader à Gilead ?), The Handmaid’s Tale condense tous les défauts du show le temps d’un épisode catastrophique. Forçant June à donner la localisation de servantes en fuite, elles sont capturées avant d’être transférées, dans un pauvre van, avec tante Lydia pour seule surveillance à l’arrière, tandis que le chauffeur s’arrête pour aller pisser.

Au point mort avant un passage à niveau, les servantes -ni entravées au véhicule, ni porteuses de l’habituelle muselière- s’en prennent à tante Lydia…pour s’enfuir à pieds, sans même l’assommer. Menottées, en pleine nature, aucune ne prend seulement la peine de regarder si les clés sont encore sur le contact. Soldée par la mort insistante des 3/4 du petit groupe, la course des servantes, filmée par Elisabeth Moss elle-même, dégouline d’une vaine emphase compte tenu de cette évasion ubuesque.


On serait malhonnête de réduire la saison 4 à ses seules tares structurelles mais à ce stade, une couleuvre difficile à avaler nous avait déjà été servie. « Nous ne te tuerons pas ma chère, les servantes sont trop précieuses », dit tante Lydia à June au fond de sa cellule. Ce qui n’empêche pas Gilead d’organiser un interrogatoire à ciel ouvert où, pour faire avouer à June la planque de ses consoeurs en fuite, le régime menace de jeter deux servantes du haut d’un toit. Ce qu’ils font, sans sourciller.

« Cette salle sentait les vieilles étreintes, et la solitude, et une attente de quelque chose sans forme ni nom ». Une des superbes descriptions qui débutent le roman impressionniste de Margaret Atwood. Festival de surlignage, la saison 4 montre June mettre dix ou quinze secondes à fermer une simple porte, quand les réalisateurs n’abusent pas de gros plans sur le visage tendu de Elisabeth Moss. Ce qui était jadis une intense proposition sensitive s’est mué en tic agaçant, à mesure que les personnages se perdent dans une situation diplomatique lénifiante.

« J’arrive de Gilead. Un choc culturel, c’est tout ce que je demande », dit l’héroïne. Quitte à enfin lui faire franchir la frontière canadienne, c’est aussi ce qu’on aurait voulu voir. Jouant au yoyo avec ses personnages, prise dans une avalanche de dialogues creux prononcés d’un air entendu, la saison 4 a au moins le mérite de traiter un peu de l’après, du trauma à guérir et de la difficulté du lâcher-prise. Bien interprétée, visuellement solide, cette saison avait tellement mieux à faire que d’enfermer deux fugitives dans une cuve laitière sur des kilomètres…

Lorsqu’elle se rend pour la première fois au supermarché, June entr’aperçoit deux jeune-filles voilées dans un rayon, paniquée, avant de comprendre sa méprise. Pendant un bref instant, la saison 4 traite l’imagerie propre à Gilead avec un recul salvateur, sans mot dire, en posant la question du choix et du territoire. Sachant que l’inévitable saison 5 promet d’être un long flash-back sur la jeunesse de Fred et Serena, on se dit que les pistes laissées en friche sont en fait déjà enterrées, comme l’empoisonnement des dix officiels qui ouvre cette longue saison.

Guillaume Banniard

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