Radioactive

De ses premiers pas à l’académie des sciences de Paris à sa mort durant l’été 1934, en passant par sa vie avec Pierre Curie, la réalisatrice de The Voices nous propose de suivre le destin de l’une des physiciennes les plus reconnues du XXe siècle : Maria Sklodowska Curie. Femme d’exception, la figure de Marie Curie ne soulève malheureusement qu’une interrogation après la séance : comment une femme comme Marjane Satrapi peut-elle traiter de façon si superficielle son illustre congénère ?

 

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Il ne s’agit pas d’attendre de ce genre de portrait une hagiographie dans les règles de l’art, mais de là à réduire cette personnalité hors du commun et l’ampleur de son travail à des caprices ou à un comportement de bulldog mal dégrossi, prêt à mordre à la moindre contrariété, il y a un monde. En faisant passer son héroïne pour une figure de proue du féminisme avant l’heure, la réalisatrice se trompe d’époque et transpose symboliquement l’état d’esprit de cette chercheuse 100 ans plus tard.

Marie Curie ne s’est jamais battue que pour son travail, ses recherches et au nom de la science. Le fait qu’elle soit un être humain genré de sexe féminin n’était pas sa préoccupation, même si cela lui a mis des bâtons dans les roues. Elle n’est devenue une icône qu’une fois le mouvement initié et à cause des sanctions sociales subies à l’époque. Autre détail qui peut paraitre insignifiant : la réalisatrice, francophone, tourne ce film se déroulant en France avec des acteurs parlant anglais. Volonté de cinéaste ou contrainte financière, le résultat est assez déroutant, même si on peut arriver à comprendre les enjeux commerciaux. Libre au spectateur de s’adapter ou non à ce genre d’incohérences, d’autres personnalités françaises ayant vu leurs exploits mis en lumière par des productions américaines (Hugo Cabret, The Walk…).

La caractérisation de l’héroïne pêchant par excès de militantisme, les multiples parenthèses pompières qui cherchent à montrer les dérives destructrices des recherches scientifiques n’ont qu’un intérêt très limité, en plus de se situer à la limite de l’erreur historique tant le raccouri employé est grossier et va trop loin dans la démonstration – « Science sans conscience… ». Même Rosamund Pike ne parvient pas à tire l’ensemble vers le haut, la comédienne donnant à Marie Curie un aspect souffreteux tout le long du film ou presque.

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S’ajoute à cela quelques soucis de temporalité. En effet, il semble se passer quelques jours à peine entre l’accident de Pierre et le scandale qu’a causé sa liaison avec son confrère Paul Langevin. Le métrage choisit de traiter ce passage de manière anecotique, sans expliquer ce par quoi Marie Curie est passée. L’approche manque une bellleoccasion de densifier les enjeux humais du récit, à l’inverse du travail de Rosa Montero  qui évoquait avec beaucoup de sensibilité cette épreuve dans son ouvrage L’idée ridicule de ne plus jamais te revoir.

Sur la forme, la reconstitution trop artificielle du Paris début XXe va de pair avec la représensation des effets irradiants, où s’entrechoquent une lourde insistance sur la nature du radium et une musique parfois pénible. Biopic inoffensif, Radioactive laisse la regrettable impression que Marjane Satrapi n’a pas vraiment traité son sujet ni son personnage malgré un contexte historique prometteur, chose d’autant plus décevante quand on se souvient du superbe Persepolis.

Muriel Cinque

 

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4 réflexions sur “Radioactive

  1. Dommage d’évoquer Hugo Cabret pour appuyer l’argument valable su la langue utilisée. M. Scorsese n’est ni français ni franophone contrairement à mme Satrapi. Ca discrèdite le propos intelligent par ailleurs.

    Aimé par 1 personne

    1. Comme on l’explique, il s’agit de citer « d’autres personnalités françaises ayant vu leurs exploits mis en lumière par des productions américaines » : Hugo Cabret est un film américain, tourné en anglais, mais dont le sujet principal reste la vie de Georges Méliès, tout comme Radioactive est une production US concentrée sur une personnalité francophone. Nous parlions de cet aspect, pas de la nationalité des cinéastes à l’oeuvre – qui, nous sommes visiblement d’accord là-dessus, n’est pas un gage de qualité.

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