Dolemite is my name

L’histoire vraie de Rudy Ray Moore, alias Dolemite, personnage le plus queutard et grande gueule de la Blaxploitation. Un tel sujet ne souffrant pas la demi-mesure, on se disait que c’était quitte ou double pour ce bon vieil Eddie Murphy, dont la dernière grande prestation sur remonte à…quand, au fait ?

L’air de rien, cela fait bientôt 20 ans qu’on espère le voir revenir avec un personnage à la mesure de son talent, or ce ne sont pas tous les Norbit, Dr Dolittle et autres Pluto Nash qui ont donné l’occasion à la star de nous rappeller pourquoi on continue de savourer ses prestations dans Un fauteuil pour deux, Le Flic de Beverly Hills ou encore 48 heures. A vrai dire, le déclin qualitatif de sa carrière s’est peut-être scellé en 2002 avec celui de Robert DeNiro lorsqu’ils signèrent tous deux pour Showtime, buddy movie policier si fatigué qu’il marquait la fin d’une époque au lieu de la régénérer. Alors que DeNiro s’est refait une santé en père acariâtre dans Mon Beau-père et moi et, surtout, en trois seconds rôles étonnants chez David O. Russel (Happiness Therapy, American Bluff et Joy), la question demeurait : et toi Eddie, c’est pour quand ?

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Eddie Murphy étant lui-même un admirateur de Rudy Ray Moore, on est heureux que le come back se soit fait attendre tant il tombe sous le sens. La gouaille de Rudy Ray Moore, sa virilité exacerbée ont fait la joie des cinémas de quartier et fait rayonner la Blax avec autant de générosité que les personnages de Pam Grier (Coffy, Foxy Brown), égérie féminine de la Blaxploitation qui allait elle aussi faire son come back dans Jackie Brown. Le film de Tarantino, pure fiction des années 1990, se déroulait à l’époque où il est sorti, tout en mettant en scène une comédienne qui a vécu la Blaxploitation des années 1970, sans que celle-ci ne rejoue un personnage du passé. A l’inverse, Dolemite is My Name, histoire vraie, est un film d’époque mettant en scène un comédien qui était enfant lorsque sont sortis les films avec Pam Grier et qui joue, lui, un personnage du passé.

La bande-annonce du Dolemite de 1975, dont le tournage rocambolesque est relaté dans Dolemite is my name.

Sous les habits de la biographie, Dolemite is my name évite, tout comme Jackie Brown, d’étaler une cinéphilie excessive. Les deux films ménagent de précieuses portes d’entrée à leurs univers, le beau portrait de femme signé Tarantino cèdant la place à celui d’un disquaire qui continue de se rêver star, persuadé que sa place est au firmament. Assumant son âge et l’expérience qui va avec, Eddie Muphy y retrouve une présence inouïe, tour à tour loser, combatif, homme de scène, ladies man et ami fidèle au sein d’une troupe mal payée, désorganisée, qu’il maintient à bout de bras pour terminer le premier film Dolemite, acte de naissance d’un personnage auquel il croit dur comme fer. Film joyeux, Dolemite is my name se débarrasse des rouages les plus usés du biopic en se terminant plusieurs décennies avant la mort de Rudy, disparu en 2008.

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Réjouissant film sur le cinéma, Dolemite is my name est tout autant un biopic musical. Avant de percer sur grand écran, Rudy Ray Moore tenta sa chance à L.A. chez le label King Records, un échec qui le conduit à bosser chez un vendeur de vinyle pour subsister. Alors qu’un mendiant au langage fleuri entre dans la boutique pour lui réclamer du pognon, Rudy s’en inspire pour nourrir un slang (argot US) bien à lui. Il retrouve ainsi le SDF au coin d’une rue, l’écoute et prend des notes qu’il transforme en skecth le temps de scènes essentielles sur le travail que requiert la création d’un personnage. Rudy finit par les inclure à un album qu’il distribue sous le manteau, avec un succès si énorme qu’il prend le pari de réunir $25 000 pour faire vivre Dolemite sur grand écran.

L’un dans l’autre, ce biopic enlevé atteint tous ses objectifs, humanise le parcours de ce self made character et, du coup, évite le pastiche post-moderne façon Black Dynamite, hommage tout en dérision à la Blaxploitation. Arrivé à un tel niveau de plaisir, le film de Craig Brewer (Hustle & Flow, Black Snake Moan) se hisse sans peine dans le trio de tête de nos films Netflix favoris, juste après Roma.

Guillaume Banniard

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