« What we see, and what we seem, are but a dream. A dream within a dream. /
Ce que nous voyons, et ce que nous semblons, n’est qu’un rêve.
Un rêve dans un rêve. »
Deuxième long-métrage de Peter Weir après Les voitures qui ont mangé Paris [1974], Pique-nique à Hanging Rock [1975] s’ouvre par ces mots, posés d’une voix à moitié évanouie sur des images qui paraissent, effectivement, sortir d’un rêve :
Ou bien serait-ce un cauchemar en pleine lumière, vingt-trois ans avant The Truman Show, également signé Peter Weir ?
Le fait est qu’au sein de cette nature sauvage, magnifiée par la lumière de Russell Boyd, un borborygme sourd se laisse entendre, bientôt suivi par la fameuse flûte de pan de Gheorghe Zamfir. Comme si le Grand Tout personnifié des anciens Grecs et Romains (Pan, justement), régnait encore sur ce coin de terre aux antipodes de l’Europe.
Une Europe qui, dans son copié-collé colonial si loin du vieux monde ici, nous apparaît quant à elle au son du Prélude n°1 en Do majeur de Bach [1722], avec son mouvement de boucle répétitive. Tout un programme donc, pour un microcosme qui va voir le sol se dérober sous ses pieds…

THE ROCK THAT SWALLOWED THE LIGHT
Le Rocher du titre aurait-il faim de jeunes vierges, comme dans un vieux rite païen ? Ou la cause du drame à suivre serait-elle l’étrangeté d’autres rites – ceux, si guindés, de la société victorienne en ce jour de la Saint-Valentin 1900 ?
Nous sommes en Australie après tout, aussi appelée Oz. Et les croyances des premiers occupants des lieux ne sont pas si lointaines – y compris dans la filmographie de Peter Weir qui en tirera son film suivant, La Dernière Vague, en 1977.
De toute évidence, ce prologue annonce un choc des cultures : d’un côté ce Rocher pris dans un arrêt-sur-image embrumé, comme une image-trace, quelque chose qui résiste à son effacement ; de l’autre, cette sorte de gynécée en vase clos qu’est Appleyard College. Une école pour jeunes filles où, si l’on ose exprimer ses sentiments, c’est le dos bien droit, selon la métrique de la poésie et à grands coups de citations, autre forme de résistance au changement.
Mais pourquoi une telle opposition ?
Parce qu’en ce tout début du XXe siècle, le Royaume-Uni est cet Empire sur lequel le soleil ne se couche jamais. Et l’Australie reste pour encore un an sa colonie, soumise à sa loi, son ordre et son rapport psychorigide au temps. Toute forme de rébellion est donc sévèrement réprimée. La Dragon Lady de cette histoire, Mrs. Appleyard, y veille en digne représentante de l’autorité de la reine Victoria (dont le portrait siège logiquement au-dessus de son bureau).
Quel sens peuvent dès lors bien trouver, dans ce contexte de reproduction du Même et de négation de l’Autre, les reliefs jadis formés par les Êtres du Rêve, la mythologie originelle de l’île-continent?
Envolée, l’ancienne signification de ces puissances totémiques ayant mis en forme ce monde avant de se retirer dans la terre. Déracinée, la mémoire soixante fois millénaire des Aborigènes d’Australie [1]. Les autochtones brillent d’ailleurs par leur absence dans Pique-nique à Hanging Rock, à l’exception notable d’un traqueur relégué aux marges du récit.
En somme, depuis qu’il a débarqué voilà à peine plus d’un siècle (en 1788), l’occupant européen a fait le vide, conformément à la doctrine de la terra nullius : une terre non cultivée, donc librement appropriable. Et la bâtisse qui sert de pensionnat aux collégiennes de Mrs. Appleyard semble s’y être posée tel un vaisseau alien. Un corps étranger en terre étrangère, mais d’une suffisance telle que les alentours ont pris le pli. Gazon coupé ras, palmiers et statues au garde-à-vous : all hail the Queen !

Élève fantôme de cette école, la timide Sara semble également sans passé, puisqu’orpheline. Aussi n’a-t-elle d’yeux que pour sa camarade de chambre Miranda, qui irradie presque littéralement – un peu plus et la pellicule partait en flammes ! Quelque chose en tout cas émane de cette blonde : une aura, une plénitude à laquelle la brune Sara semble vouer un culte, peut-être même encore plus à son image, une fois privée de sa présence en chair et en os.
Miranda va en effet s’absenter au cours d’une excursion sur le fameux Hanging Rock, avec le même genre de conséquences que l’évaporation de Laura Palmer au début de Twin Peaks [David Lynch, Mark Frost – 1990-1991]. Et Peter Weir de mettre en scène sa dernière journée comme un moment de plus en plus hors du temps à mesure qu’approche la fatidique disparition. Idée qui passe bien sûr par ces montres arrêtées sur midi, mais surtout par une gamme de ralentis (du plus voyant au plus subliminal) et de fondus (faisant se dissoudre les corps dans le paysage) alors qu’on progresse dans ce labyrinthe qu’est le sommet du Rocher.
Climax ponctué de visions mi enchanteresses mi obscènes (suivant ce qu’on projette sur ces monolithes se dressant vers le ciel en contre-plongée), la disparition de Miranda et de ses suivantes tient autant de l’anomalie que du destin. Son heure est venue, elle l’annonce : « juste au bon moment, au bon endroit ».
Irrésistible cheminement vers l’ailleurs, le destin de Miranda apparaît dans cette perspective comme le symétrique inversé de celui de Sara : ascension VS chute. Comme si l’une devrait être sacrifiée pour garantir l’élévation de l’autre au rang de légende.
LOOKING FOR A VANISHING POINT
Et pour cause, que laisse derrière lui un soleil si ce n’est un trou noir ? Tous ceux qui, ce jour-là, auront croisé le chemin de Miranda et ses camarades de fugue (Marion, Irma et Edith) en reviendront plus ou moins traumatisés.
D’où cette deuxième partie où Peter Weir retourne sa caméra sur eux, les spectateurs à l’intérieur du film. Eux, les témoins qui contrairement à Elles ne furent pas élus par le Rocher. Peut-être parce qu’ils n’avaient pas cette aura, et sont donc retombés dans le temps profane après avoir entrevu quelque chose de l’ordre du sacré.
Ainsi de Michael, le jeune anglais de la haute qui, en compagnie d’un autre orphelin, Albert, surprend Miranda et sa suite en pleine ascension de Hanging Rock.
Pétrifiés, les deux garçons assistent alors à une simili scène de conte de fées. Le sous-bois, le ruisseau que les adolescentes enjambent l’une après l’autre telles des Nymphes, la lumière diffuse et le ralenti là encore : tout dans cette apparition, la symbolique de transgression qui l’accompagne (le ruisseau traversé) et plus généralement l’ambiance éthérée qui s’en dégage épouse les contours du fantasme.
Miranda, Marion et Irma, plus spécifiquement, y sont l’objet d’un choc de perception, au point d’éclipser Edith dans le compte rendu qui en sera fait plus tard à la police.
Car elles sont d’abord et avant tout la vision de Michael, qui ne s’en remettra jamais vraiment, foudroyé par le syndrome de Stendhal. Mais elles sont aussi, dans une moindre mesure, la vision d’Albert, qui s’en remettra un peu mieux, lui le Ozzie pur jus dont les sirènes tatouées sur les bras l’auront peut-être protégé du charme. Ce qui expliquerait l’alliance, plus tard, de l’aristo et du prolo pour retrouver la trace de leurs Nymphes évanouies dans le bush.

Même chose pour les deux enseignantes et modèles de vertu que sont Mlle de Poitiers et Miss McCraw.
La première, au moment où Miranda lui fait signe d’adieu, a cette révélation : c’est un « ange de Botticelli ». Traduction : elle n’appartient pas à la même dimension que nous autres, simples mortels. D’ailleurs, son adieu sera immortalisé dans un ultime arrêt-sur-image à la fin du film.
Quant à la seconde, Miss McCraw, elle semble parler d’elle-même lorsqu’elle évoque au début du film la relative jeunesse, à l’échelle géologique, de Hanging Rock. Ce qui en dit long sur sa mélancolie de vieille fille.
Pas étonnant dans ces conditions qu’elle ait elle aussi répondu à l’appel du Rocher – en fait l’enregistrement d’un tremblement de terre passé au ralenti. À ceci près qu’elle, personne ne l’a vu entreprendre son ascension, si ce n’est Edith qui semble lui avoir cédé sa place d’élue. Alors quoi ? Tombée entre deux plaques tectoniques du montage, l’experte en géologie ? Mystère. De présente à absente, Miss McCraw semble juste être passée sans transition.
Enfin bref, on le comprend, les disparues de Pique-nique à Hanging Rock ont semé des points de suspension partout sur leur passage.
De quoi faire vriller le régime métronomique d’Appleyard College sur le même mode dissonant que le cri d’Edith, témoin infantile du départ de ses camarades. Le cri en lui-même est à vous percer les tympans ! Et avec lui, le film bascule dans l’horreur, alors qu’un étrange plan en plongée suggère la menace planant tel un vautour au-dessus de la Mimi Geignarde en panique. Sans compter cette bande sonore que le compositeur John Smeaton, en parallèle, nous rend complètement extraterrestre. Les voies de Pan sont décidemment impénétrables.
Comble de l’étrange, des trois disparues, Irma seule finit quelque jours plus tard par réapparaître (inconsciente dans les bras d’Albert), mais frappée d’amnésie. Un état qu’elle paye chèrement lors de ses adieux à Appleyard College, puisqu’elle y manque de peu de se faire dépecer vivante par ses ex camarades se comportant soudain comme une meute de Bacchantes ! Et pourtant, sans qu’on sache de quoi exactement on accuse la revenante : d’avoir été secourue par le prince charmant (Michael) et son fidèle écuyer (Albert) ?
Certes, le manteau rouge écarlate d’Irma jure avec le noir et blanc puritain des élèves en pleine leçon de maintien – comprenez dressage. Mais que dire alors de la séance de torture ayant discrètement lieu à l’autre bout du gymnase ?
Sa victime, encore et toujours Sara, y apparaît comme le parfait bouc émissaire : celle que l’on châtie pour la frustration des présentes autant que pour la faute supposée des absentes. Là où Irma, tout bien réfléchi, remplirait plutôt la fonction de cape rouge qu’on agite devant un taureau : la mise en scène qui détourne notre attention du véritable drame. À savoir celui de Sara, la fille de rien, d’une pâleur quasi transparente et dont personne ne semble se soucier. Autre forme de disparition.

VICTORIA’S SECRET
Au fond, la question que pose Pique-nique à Hanging Rock est celle du fantastique. Ce sentiment qui occulte toute autre réalité, sociale ou politique, alors même que la vision à son origine ne se laisse réduire à aucune explication, rationnelle ou surnaturelle. Une impossibilité à statuer que résume la célèbre définition du théoricien de la littérature Tzvetan Todorov :
« Le fantastique, c’est l’hésitation éprouvée par un être qui ne connaît que les lois naturelles, face à un évènement en apparence surnaturel. »
Whodunit sans Sherlock pour nous dire qui a fait le coup, le film est d’autant plus radical dans ce rapport au fantastique qu’il s’inspire pour partie des récits de familles australiennes ayant perdu des proches durant la Première Guerre mondiale – comme l’a expliqué Peter Weir lors de sa rétrospective à la Cinémathèque Française.
Une inspiration qui trouve tout son sens lorsqu’on sait que quasi aucun australien mort dans les tranchées du vieux monde n’a jamais été rapatrié sur sa terre natale. Autrement dit, pour leurs familles, ils sont eux aussi, du jour au lendemain, passés de présents à absents.[2]
Confrontant ses personnages-spectateurs à ce qui dépasse l’entendement, Pique-nique à Hanging Rock se veut dans cette optique un pur film à mystère. Mais aussi et en même temps un film sur le mystère, en tant que phénomène d’hypnose collective aux conséquences sociales dévastatrices.
D’où le grand nombre d’exégèses auxquelles il peut donner naissance de part et d’autre de l’écran. Car, évidemment, moins on en dit, plus l’imagination s’enflamme au détriment des faits. Les célèbres affaires de Jack l’Éventreur ou du tueur du Zodiac sont là pour le prouver : elles masquent autant qu’elles révèlent la réalité des sociétés qui les ont vus naître puis se répandre, comme une épidémie, au point d’acquérir le statut de mythes modernes.
À l’origine du roman (et succès de librairie de l’année 1967) dont le film de Peter Weir est l’adaptation, Joan Lyndsay a ainsi toujours refusé d’affirmer ou d’infirmer la réalité des évènements l’ayant poussé à l’écriture. Preuve qu’il y avait-là suffisamment d’affects contagieux et de matière narrative pour faire croire à un fait divers alimentant toutes les théories.
Une ambiguïté redoutable donc, et bien comprise par Peter Weir lorsqu’il multiplie à l’image les indices allant dans le sens d’une lecture mythologique (ex : ce cygne blanc qui revient aussi souvent que Miranda dans les visions de Michael) tout en noyant la logique même de l’intrigue (appelant normalement un dénouement, une clarification) dans une ambiance de film à trip sans réelle résolution.[3]
Résultat : un pur objet de fascination…ou de frustration, c’est selon.
Un film, dans tous les cas, que l’on regarde dans un état de conscience altérée. Une sorte de rêve lucide où certaines images naissent, enflent et se métamorphosent, tandis que d’autres s’effacent avec le temps. Ainsi le spectateur oublie-t-il à son tour la pauvre Sara, vilain petit canard au milieu d’un lac de signes subjuguant l’imaginaire.
Et de fait, force est de le reconnaître après coup : le triste sort de l’orpheline, si compréhensible, si univoque, ne pouvait qu’être éclipsé par l’immaculée disparition de ses camarades. De même que les racines gothiques du métrage sont finalement occultées par son imagerie ouatée, à deux doigts du psychédélisme.

Or si fascination il y a dans ce cinéma du trip où ce qu’on a vu et ce dont on se souvient après coup ne coïncident pas tout-à-fait, c’est bien pour cette tendance à délirer autour de ses images, réelles, fantasmées ou manquantes. Une tendance que l’on retrouve paradoxalement à l’autre bout du spectre, dans toutes ces fictions paranoïaques où l’on ressasse jusqu’à l’obsession le même motif de la jeune fille disparue. Celle dont il faut absolument retrouver le corps pour :
1) le remettre à sa place dans le cadre ;
2) s’assurer qu’il est bien resté « intact », mot qui revient à plusieurs reprises dans les dialogues de Pique-nique à Hanging Rock.
King Kong [Merian C. Cooper & Ernest B. Shoedsack – 1933], La prisonnière du désert [John Ford – 1956], L’inspecteur Harry [Don Siegel – 1971], Under the Silver Lake [David Robert Mitchell – 2018] : voilà pour les exemples les plus évidents de cette variante du film à enquête où l’on craint plus que tout la possible souillure de la disparue.
Mais l’on pourrait remonter encore plus loin, jusqu’à toutes ces histoires de rapts/fugues : d’Hélène dans la mythologie grecque, des Sabines dans la mythologie romaine, des femmes de la tribu par les hommes d’une autre tribu dans les traditions orales de nombreux groupes indigènes, etc. Qu’elle se colore de racisme, de puritanisme ou exprime le simple souci de reproduction de la société, cette angoisse semble hanter la mémoire collective de quantités de cultures différentes à travers l’histoire humaine.
De quoi mieux comprendre, entre autres raisons bien sûr, pourquoi Pique-nique à Hanging Rock résonnent encore autant de nos jours. Et, par la même occasion, comment il aura pu traumatiser des générations de futurs cinéastes, à commencer bien sûr par Sofia Coppola et son fameux Virgin Suicides [1999].
Peter Jackson et Fran Walsh, de leur côté, se seront sans doute souvenus de ce travail d’ambiance si particulier au moment de transfigurer un réel fait divers en petit bijou de féerie tordue, j’ai nommé Créatures Célestes [1994]. Sans parler de la façon qu’aura eu le réalisateur du Seigneur des Anneaux [2001-2003] de donner vie aux plus fameux reliefs de la Terre du Milieu (les passages de Cirith Ungol et de Dunharrow, notamment) comme Peter Weir à Hanging Rock.
Dans ce cadre, en fait, même Mad Max : Fury Road [2015] peut être envisagé comme un rejeton de Pique-nique à Hanging Rock. À un niveau archétypal après tout, ces deux icônes du cinéma des antipodes racontent la même fugue d’un groupe de femmes aux prises avec les structures du patriarcat. Seulement, là où le film de Peter Weir reste sur le seuil avec ses personnages témoins, incapables de comprendre le geste des fugueuses, celui de George Miller le franchit, embrassant leur cause au point de rappeler le mythe aborigène des Sept Sœurs (ou Pléiades) pourchassées jusque dans les cieux par un homme lubrique (leur propre père dans certaines versions).

FORGOTTEN VIEWER
Enfin visible (légalement et décemment) en France, Pique-nique à Hanging Rock est donc une sacrée proposition de cinéma !
Le genre de météore dont la (re)découverte aujourd’hui, un demi-siècle après sa conception, tient de l’étrange et du familier à la fois. Intuitivement, on y reconnaît certaines impressions, peut-être d’enfance, peut-être plus lointaines encore. Mais au-delà de ces mots vagues, difficile de mettre le doigt sur ce qui résonne tant en nous à son contact.
Expérience de glissement d’une vision du monde à une autre, le film semble pourtant s’arrêter au milieu du guet, nous laissant nez-à-nez avec le mystère. À la fin, Miranda paraît juste avoir rejoint le Rocher dans cette forme d’éternité pour le moins précaire qu’est l’arrêt-sur-image. Un nouvel Être du Rêve ? Faute d’avoir les outils pour le démonter, on s’abstient, et le mystère persiste.
Peut-être parce que, comme l’explique Philipe Descola à propos de la fabrique des images : « on ne [se] figure que ce que l’on perçoit ou imagine, et l’on imagine et perçoit que ce que l’habitude nous a enseigné à découper dans la trame de nos rêveries et à discerner dans le flux des impressions sensibles. »[4]. En d’autres termes, on est toutes et tous contraints par de nos biais de confirmation.
Le plus grand choc des cultures est d’ailleurs là au bout du compte, dans ce rappel que notre perspective n’est qu’une vision parmi d’autres. Et qu’il en serait sans doute autrement si l’on pouvait voir à travers les yeux d’un Aborigène d’avant la colonisation européenne. Sauf que ces yeux-là sont définitivement clos, et le Rêve sur lequel ils s’ouvraient n’est plus figurable pour quiconque. Ultime forme de disparition.
Cela dit, quelle meilleure façon d’élargir son horizon que de buter ainsi sur les angles morts du regard cartésien ?
Mathieu Faye
[1] « Parce que l’Australie est essentiellement un désert, sans animaux domesticables ni plantes, ses habitants sont quasiment tous devenus chasseurs-cueilleurs. Ils n’avaient pas le temps de développer un langage écrit ou de transporter des choses. Très simplement, tout reposait sur leur mémoire, formalisée par des chansons, des danses et de la peinture. Cette histoire cartographie le monde de manière aussi précise qu’aujourd’hui le GPS le fait sur notre téléphone : les endroits où on trouve l’eau, de la nourriture, la formation du paysage et la disposition des étoiles, tout cela est présent dans ce qu’ils appellent leurs songlines. » – George Miller, entretien mené par Fleur Hopkins-Loféron, La Septième Obsession n°52, mai-juin 2024.
[2] Un triste sort que le cinéaste conjurera à sa manière en retraçant leur parcours dans Gallipoli en 1981.
[3] Le cinéaste ira même jusqu’à proposer, treize ans après la sortie en salle de Pique-nique à Hanging Rock, un director’s cut plus court de sept minutes, histoire de renforcer encore d’avantage cette ambiguïté.
[4] Les formes du visible : une anthropologie de la figuration – Philippe Descola, 2021, éditions du Seuil.

