Le Baltringue

Lagaf’ dans son premier rôle au cinéma, celui de Mr Guy, présentateur vedette d’une émission de télé-achat embarqué malgré lui dans une affaire d’espionnage. A ses côtés, Sam, un agent secret à qui il tape sur le système.

Le Baltringue, s’il ne va nulle part, est pourtant un film qui revient de loin. Tout d’abord rédigé par Lagaf’ lui-même, le script sera réécrit dans les grandes lignes. Un problème de ton et de registre sans doute, jouer la carte du premier degré dès sa première incursion au cinéma n’étant pas forcément vu comme une bonne idée par les collaborateurs de Vincent Lagaf’. Le premier jet parlait en effet d’une célébrité amenée à se remettre en question, à jeter un regard cynique sur le statut de star de la téloche qui est celui de l’animateur à la ville. Trop ambitieux ? Vu le résultat final, oui et non.

Quoi qu’il en soit, c’est bien l’animateur du Bigdil qui est le coeur du projet. Il suffit de jeter un oeil à l’affiche pour évincer Le Baltringue de la case « film de cinéaste » : le nom de l’aspirant comédien y est presque aussi visible que le titre. Ce Lagaf’ : le film, on le sait d’avance avec un tel visuel, ne laissera pas de place à l’imprévu, aux initiatives. C’est l’image du poulain de TF1 qui compte, sa popularité. Ce long-métrage, c’est son ticket doré pour la chocolaterie, son billet magiqe pour passer de l’autre côté de l’écran faire coucou à Schwarzenegger. « Sur une idée originale de Vincent Lagaf' », précise d’ailleurs le générique.

Un produit personnalisé donc, pas un film personnel. Si l’on se fie aux propos de Cyril Sebas, réalisateur de la chose, le fond de l’affaire est plus compliqué : « Pour être honnête, au tout départ, j’avais quelques doutes sur la première version du scénario. Mais c’est en discutant avec les producteurs que j’ai pu le faire évoluer. Il y avait toute une série de références que je n’arrivais pas à visualiser sur le papier. Du coup, on s’est mis en tête de retravailler des séquences et ils ont accepté que j’adapte le scénario tout seul ». Ce serait donc un mauvais film de réalisateur, pas un mauvais film de producteur ?

Visiblement très impliqué, Lagaf’ corrobore cette idée : « J’étais à un moment de ma vie professionnelle où j’aspirais à faire autre chose. Ma première idée du film était de mettre en scène un animateur populaire d’access prime time. Tout le monde le prend pour le plus gentil de la terre mais une fois les projecteurs éteints, l’animateur se transforme en tueur à gages. Je voulais vraiment interpréter un personnage dur, un salaud. Mais on m’a prévenu : «Ça y est, toi aussi tu veux faire ton Tchao Pantin.» ». Lagaf’ n’étant pas Coluche, la remarque était sûrement bienveillante. Trop soucieux de ne pas se mettre à dos ses premiers spectateurs, Lagaf’ aura malheureusement pris un virage à 180° en allant taper dans les ficelles les plus fatiguées du buddy movie. Monté en dépit du bon sens, le long-métrage se ramasse dans une forme irrécupérable d’amateurisme friqué. Il a pourtant eu les honneurs d’une sortie en salles.

En 2010, Le Baltringue, tout le monde s’en balance. Seuls des cinéphiles déviants ont pris le temps de le mater chez eux. N’empêche que ce film existe. Lui faire un buzz négatif serait trop d’honneur, mais l’oubli est un cadeau qu’on réserve aux mauvais films des plus grands ; comme la suite de Piranha signée par un James Cameron débutant. Le Baltringue est hideux, mal fichu, drôle pour les mauvaises raisons, et son sens de l’humour ferait honte à une compil’ du pire de Vidéo Gag. Des films conçus par, pour et sur des stars, il y en a eu bien d’autres. Peut-être conscient du prestige du grand écran, Lagaf’ ne lâche rien, se donne à fond, tout le temps, dans tous les sens, ne voulant pas rater le coche.

Le résultat est sans appel. Ignoré, le film est le one shot d’une carrière mort-née. Il est même inférieur à Incontrôlable, la comédie fantastique avec Michael Youn. Film rachitique, Le Baltringue tourne le dos à sa cible jusque dans son triste climax provincial, filmé dans la banlieue de Rouen. Ce film-là ne franchit pas les limites du je-m’en-foutisme. Ces notions lui sont étrangères. Il se situe nulle part entre le petit et le grand écran, zone sinistrée dont les deux mediums sortent rabaissés. Le long-métrage ose même un improbable gag cartoonesque en guise de conclusion, soit une meute de chats agressifs dont seules les pupilles jaunes se découpent dans l’ombre d’une cave.

« Nous n’aimons plus les acteurs, nous aimons les acteurs que nous croyons deviner au hasard des émissions people ou des pages des magazines (…) La capacité d’un comédien à incarner un personnage ne nous intéresse plus, de l’acteur nous attendons qu’il soit à l’écran celui qu’il est à la télé (…) ». (1) Ce constat amer est à la fois confirmé et infirmé par un film comme Le Baltringue. Les spectateurs exigeants savent crier à l’hérésie quand un film inconsistant monopolise les écrans pendant des semaines. Mettons autant d’énergie à nous réjouir de cette bonne nouvelle : Le Baltringue est un film de merde qui a fait un score de merde.

« Je ne sais plus qui a dit cette phrase mais j’aime l’idée : «Un comédien, on le dirige pas, on le choisit.» J’ai pris des gens proches des personnages, des débutants pour la plupart. », ajoute le réalisateur. Voilà qui explique sans doute le rythme à la fois mou et hystérique dans lequel se vautrent des comédiens en roue libre. « Le film s’est fait dans l’urgence mais avec la bonne humeur. L’occasion était de faire quelque chose de joyeux qui donne le sourire aux lèvres ». Le gouffre qui sépare la note d’intention du résultat final est évident. Reste que l’histoire ne dit pas si le bonhomme a eu l’audace d’aller voir son propre film en salle, ou s’il a attendu une diffusion télé pour constater les dégâts.

Guillaume Banniard

(1) In Pascal Mérigeau, Cinéma : autopsie d’un meurtre, ed. Flammarion, 2007
Propos de l’équipe du film extraits du dossier de presse.

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