Second Life

Un seul bonus, mais de taille, accompagne l’édition blu-ray concoctée par Badlands : un livret doublé d’une intervention de Bastian Meiresonne qui retrace l’histoire des femmes cinéastes en Corée du sud. L’intervenant déteste cette catégorisation qu’il considère aussi nocive que l’invisibilisation, ici relatée, des réalisatrices. Comme il l’exprimait durant la dernière édition du FEFFS, Bastian ne comprend pas le besoin des jeunes générations d’avoir une tonne de trigger warnings. «On se battra toujours contre les zones de confort», affirmait-il pendant le festival.

Pourquoi, alors, faire exception dans ce bonus ? Parce que le thème de la place des femmes est au centre de Second Life. En une petite heure dix, la réalisatrice Park Young-ju dresse le doux portrait de Sun-hee, lycéenne qui peine à s’intégrer. Sans malice, elle s’invente une vie de couple en prétextant avoir un copain lorsqu’elle exhibe une bague coûteuse que le garçon lui aurait offerte. Bague qu’elle s’est, en réalité, payée elle-même. Délicat sur le plan formel, Second Life aborde la notion de popularité du point de vue d’une jeune fille ni moquée, ni harcelée, mais très timide.

Ce parti-pris n’exclut pas l’émotion, au contraire. La jeune comédienne Jung Da-eun, au détour d’une oreille tendue vers une conversation à laquelle elle brûle de prendre part, fait passer toute la gentillesse de son personnage. Ses efforts pour être vue, appréciée, sonnent d’autant plus juste que les filles qu’elle tente d’amadouer ne sont pas dupes. Second Life surprend lorsqu’il change, brutalement, ses enjeux émotionnels : l’une des élèves du groupe voit un de ses plus pénibles secrets exposés aux yeux de tous. Sun-hee, témoin du sort brutal réservé à sa camarade, décide de fuir.

C’est ici que débute la « deuxième vie » du titre. L’adolescente, sous le choc, s’en va sans prévenir personne. Qu’en est-il des parents ? D’éventuels avis de recherche ? Des informations télévisées ? La réalisatrice se concentre exclusivement sur la fuite de Sun-hee. Recueillie par une dame qui ne lui pose pas de questions, l’adolescente souhaite passer un concours d’entrée dans un nouveau lycée. Quid des papiers nécessaires ? Le scénario laisse ces questions hors de vue. Malgré ou grâce à ces choix, Second Life demeure un joli film, l’adolescente nouant des liens émouvants avec sa nouvelle famille.

L’air de rien, devant tant de quiétude, le spectateur craint que la réalité ne vienne frapper à la porte de ce beau rêve que chacun a eu, au moins une fois : mettre les voiles. Faire reposer ce récit sur les épaules d’un personnage qui a si peu vécu est la plus grande prise de risque de Second Life, premier long dont l’hypnotique image inaugurale, entre chien et loup, donne immédiatement envie d’accompagner sa protagoniste. Un anti-Virgin Suicides, où l’on fuit pour vivre au lieu de rester et mourir.

Guillaume Banniard

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